janvier 16, 2008...3:45

Au cheval qui pète…

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« Il n’est pas beau, mon cheval. Il a trop de noeuds et de salières ; il a les côtes plates, une queue de rat et des incisives d’Anglaise. Mais il m’attendrit. Je n’en reviens pas qu’il reste à mon service et se laisse sans révolte tourner et retourner. Chaque fois que je l’attelle, je m’attends à ce qu’il me dise non, d’un signe brusque et détale. Point. Il baisse et lève sa grosse tête comme pour remettre un chapeau d’aplomb, recule avec docilité entre les brancards. Aussi, je ne lui ménage ni l’avoine ni le maïs. Je le brosse jusqu’à ce qu’il brille comme une cerise. Je peigne sa crinière, je tresse sa queue maigre. Je le flatte de la main et de la voix. J’éponge ses yeux, je cire ses pieds. Est-ce que cela le touche ? On ne sait pas.
Il pète.

C’est surtout quand il me promène en voiture que je l’admire. Je le fouette et il accélère son allure. Je l’arrête et il m’arrête. Je tire le guide à gauche et il oblique à gauche, au lieu d’aller à droite et de me jeter dans le fossé avec des coups de sabot quelque part. Il me fait peur, il me fait honte et il me fait pitié. Est-ce qu’il ne va pas bientôt se réveiller de son demi-sommeil et prenant d’autorité ma place, me réduire à la sienne ? A quoi pense-t-il ?

Il pète, pète, pète. »

Jules Renard, Histoires Naturelles.

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